Savoirs pratiques, corps savants

Essai sur la qualification du travail industriel à la fin du XXe siècle
Première édition

Adam Smith avait raison. Il y a bien une main invisible, une main qui fait fonctionner les systèmes et les institutions. Mais cette main, c'est la main des hommes et non celle de la Providence. Le corps humain n'est pas absent du travail, comme on l’entend un peu partout : il n’est que trop présent. La diminution structurelle du travail manuel n’attesterait-elle pas d’un mouvement inverse ? Tout au contraire. Car le travail manuel, ce n’est ni la main ni le corps de l’homme, mais leur objectivation sous l’emprise de l’organisation scientifique du travail. Nos enquêtes le prouvent : dans les univers hypertechnicisés où nous avons séjourné, scrutant à la loupe les activités et les liens, le corps humain ne quitte jamais la scène productive. Il la réinvestit à sa manière. Toute la question est de savoir ce que nos systèmes sociaux font de cette praxis – comment ils la qualifient ou la disqualifient.
Il n’y a pas d’un côté une croissance purifiée, déchargée des contraintes de l’activité laborieuse et gouvernée par les exigences de la rationalité abstraite ; et de l’autre, des inemployables dont on pourrait régulièrement dresser l’inventaire comptable avant que, peu à peu, ils ne descendent avec la lenteur des mourants l’escalier de la déchéance sociale. Il n’y a pas deux mondes, mais un seul espace de qualification ou de disqualification dont le chômage de longue durée traduit tour à tour l’impuissance radicale ou l’ultime direction. Cet espace est néanmoins devenu de plus en plus flou. Loin de se limiter à des classifications établies une fois pour toutes, il dépend à la fois d’un champ de forces et d’une éducation du regard.
Les forces, ce sont ces intérêts antagonistes qui accompagnent le développement du capitalisme depuis sa fondation et trouvent dans la négociation les conditions d’un équilibre, toujours temporaire. Le regard, c’est la capacité à dépasser les stéréotypes que la période actuelle entretient constamment sur le travail humain pour y déceler les indices d’une présence vive, inventive, incarnée.


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Spécifications


Éditeur
Presses universitaires de Louvain
Auteur
Matthieu de Nanteuil,
Langue
français
Catégorie (éditeur)
Sciences économiques et sociales > Sciences politiques et sociales > Sociologie
BISAC Subject Heading
SOC026000 SOCIAL SCIENCE / Sociology
Code publique Onix
06 Professionnel et académique
CLIL (Version 2013-2019 )
3097 Sociologie des organisations
Date de première publication du titre
15 novembre 2016
Type d'ouvrage
Monographie
Avec
Bibliographie

Livre broché


Date de publication
15 novembre 2016
ISBN-13
978-2-87558-487-8
Ampleur
Nombre de pages de contenu principal : 532
Dépôt Légal
D/2016/9964/24 Louvain-la-Neuve, Belgique
Code interne
93546
Format
16 x 24 cm
Poids
837 grammes
Type de packaging
Aucun emballage extérieur
Prix
36,90 €
ONIX XML
Version 2.1, Version 3

PDF


Date de publication
15 novembre 2016
ISBN-13
978-2-87558-488-5
Ampleur
Nombre de pages de contenu principal : 532
Dépôt Légal
D/2016/9964/24 Louvain-la-Neuve, Belgique
Code interne
93546PDF
Prix
24,00 €
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Sommaire


Table des matières  9
Remerciements  15
Introduction  19
Chapitre 1 : Le travail et sa visibilité sociale. Le « compromis
fordiste » en questions  23
1. Vers une société de service ? Atouts et limites de l'approche
en termes de « tertiarisation »  26
1.1. Modernisation et structure des emplois :
quelques données  26
Féminisation, diversification, tertiarisation : les évolutions
de la condition salariale  26
La place apparente des services  32
La tertiarisation comme transformation voire élévation des
qualifications de la main-d’oeuvre ?  37
1.2. La tertiarisation initie des ruptures de trajectoire  41
1.3. Des configurations sectorielles assez différenciées  50
Les évolutions par secteur : rupture, recomposition, évolution
aléatoire  52
Les politiques sectorielles de gestion de la main-d’oeuvre  60
Segmentation des marchés du travail, diversification
des familles professionnelles  67
1.4. Le travail non qualifié, disparition structurelle ou
construction sociale ?  69
Le déclin du travail non qualifié résulte de la mondialisation
des échanges et du progrès technique  71
Le travail non qualifié comme construction sociale...  73
... qui interroge l’ensemble des modes de qualification  81
1.5. La déconnexion croissante entre l’échange (dénomination
d’emploi) et l’usage (contenu du travail)  98
2. Conditions de travail, conditions d’apprentissage : la face
cachée de la modernisation  102
2.1. Conditions de travail et émergence du droit  104
2.2. Le taylorisme ou la délimitation des frontières physiques
et symboliques de la pénibilité du travail  106
2.3. Depuis vingt ans : difficultés croissantes
de représentation  109
Une évolution de plus en plus aléatoire  109
La « déterritorialisation » du travail d’exécution  119
Conditions d’apprentissage : entre le « faire » et le « dire »  124
3. Une approche compréhensive de la réalité sociale  128
3.1. Le cadre de la sociologie compréhensive  129
3.2. Le travail « réel », entre confrontation et différenciation 135
3.3. La qualification ordinaire, esquisse de définition  139
Chapitre 2 : Description, domination. La formation des
descriptions dominantes dans les organisations  147
1. La modernisation, rationalisation incertaine de l’organisation
productive 150
2. Une analyse comparée. Maintenance (site Alpha),Exploitation
(site Gamma) 155
2.1. Présentation des sites industriels  156
Une usine de retraitement (site Alpha) 156
Un centre régional d’exploitation du réseau électrique (site
Gamma)  162
2.2. L’analyse des populations, entre homogénéité et
hétérogénéité des trajectoires professionnelles  168
Des ouvriers et techniciens relativement anciens, formés
« sur le tas » (site Alpha)  168
Des ingénieurs et techniciens dont les niveaux de formation
sont très hétérogènes (site Gamma)  172
2.3. Changements organisationnels et innovations
de formation  178
Le passage d’une organisation par « métier » à une
organisation par « fonction » (site Alpha)  178
Le développement de la formation en alternance et la
formalisation des processus de décision (site Gamma)  186
2.4. La formation des descriptions dominantes  197
« Prescription forte, description faible » (site Alpha)  197
« Prescription faible, description forte » (site Gamma)  204
Une combinaison locale de facteurs  211
3. Travail et savoirs : éléments de réflexion méthodologique.
« Savoirs pratiques » ou « fabrications cognitives » ?  216
3.1. Une pratique du savoir en situation de travail  218
Savoirs de l’action  218
Savoirs dans l’action  220
3.2. À propos du travail d’exécution  224
3.3. L’analyse « figurative » de l’action 225
Chapitre 3 : Figures du travail, figures du savoir.
Transgressions et déplacements (site Alpha)  229
1. La transgression des règles au travail : « une figure de la
transgression et de l’improvisation »  234
1.1. Des épreuves de qualification  235
À l’ombre de la formalisation  235
La circulation des « épreuves de jugement »  241
Le réel, un travail sur le prescrit  250
1.2. Une série de transgressions limitées et improvisées  255
Plusieurs étapes  256
Une pratique limitée et improvisée...  264
...qui conduit à sa propre dissimulation  272
1.3. Détournement et savoir ordinaires  273
Apprendre en cours d’action  273
Un autre regard sur le travail  277
2. Le déplacement ou la construction des territoires : « une figure
du déplacement et de la territorialisation »  279
2.1. Corps au travail, corps en travail  280
Les déplacements, entre pénibilité et ressource  280
Des stratégies de réduction des temps de déplacement  283
Corps et transgression, les voies du détour  287
2.2. La règle saisit le corps  289
Un « défaut de vue » 289
Les objets aussi ont un corps  292
La règle, épreuve corporelle 294
2.3. Les territoires de l’action  302
De l’espace au territoire, une scène évolutive  302
Lien cognitif, lien social  304
Une « polyvalence par position »  310
3. La disqualification sociale : dérision, discrétion  313
3.1. Une pratique dérisoire  313
3.2. Des innovations apparentes  315
La formation, des situations anxiogènes  315
Des contradictions organisationnelles  317
Les impasses du calcul économique local  320
3.3. La « déstabilisation des stables » : une analyse sociocognitive
 321
Chapitre 4 : Figures du savoir, figures du travail.
Visions et interactions (site Gamma)  329
1. Le travail du regard : « une figure de la vision et des manières
de voir »  334
1.1. Une sociologie des usages visuels  336
La différenciation des usages  338
Entre éloignement et proximité, la place des images  346
L’autonomie du regard  353
1.2. Voir, savoir : un travail des corps 358
Jugement et cognition, la place du collectif  359
Les frontières du corps à corps  365
Apprendre à voir autrement  370
1.3. Vision et normes sociales : la clandestinité du regard  372
2. L’apprentissage du langage en cours d’activité : « une figure de
l’échange et de l’interaction verbale »  378
2.1. Interactions, interruptions  381
Quelques observations  381
Des interruptions subies, mais acceptées  385
La pluralité des registres langagiers  387
2.2. Quand dire, c’est... ne pas faire  389
La place des énoncés performatifs  389
Faire ou ne pas faire ?  391
Au bout et à bout du langage  395
2.3. Rites et « échanges réparateurs » : le travail
du symbolique  398
Rites et codes de langage  399
Réparation et coopération par le langage  407
« Apprendre, c’est prendre des risques »  411
3. Entre innovation et disqualification  413
3.1. Une version « faible » de l’alternance  414
3.2. Évaluation, sélectivité : les usages légitimes  418
3.3. La « marginalisation collective » : une analyse sociocognitive
 425
Chapitre 5 : La qualification, une politique du corps ?
Identité, syndicalisme et corporéité : regards transverses  427
1. Face à l’identité  429
1.1. L’approche biographique, ou le « jeu de miroirs »
identitaire  429
La division interne de l’identité  430
Une relecture du schéma goffmanien de formation
des identités  432
Des types identitaires statiques  436
1.2. L’approche relationnelle, ou l’accès conflictuel
à l’identité  438
1.3. Des identités dissidentes  442
L’éparpillement  443
La consolidation  445
La cristallisation  447
2. L’action syndicale, entre éloignement et écartèlement  448
2.1. Un changement de « compromis productif » ?  449
2.2. Crise de la description sociale, crise de la représentation
politique 451
Jeux et joutes institutionnelles (site Alpha)  453
Un militantisme « écartelé » (site Gamma)  458
Les limites du projet participatif  463
2.3. Corps et savoirs : une mise en débat  467
3. Une politique du corps est-elle possible ?  477
Conclusion  487
Bibliographie  491
Annexes  505